

de Karl Kraus, mise en scène José Lillo
dans le cadre de Mémoires blessées
Créé à Saint-Gervais en avril 2007, salué par le public et la critique, ce spectacle lucide et exigeant est repris pour douze représentations. A ne pas manquer.
Troisième Nuit de Walpurgis est un classique de l’analyse de la propagande nazie, écrit pen- dant l’été 1933 par « le plus grand satiriste de langue allemande », Karl Kraus. Gérard Stieg
Il semble avoir tout compris de ce qui se préparait : non pas pressenti ou anticipé, car ce n’est pas un livre d’un voyant mais celui de quelqu’un qui simplement sait regarder. Les documents sur lesquels il s’appuie, tout le monde pouvait en disposer. Kraus n’avait pas de sources d’in- formations secrètes ou privilégiées. Il lisait simplement les journaux, écoutait la radio, opérait des recoupements, vérifiait, classait. (...) En général, il faut vite abandonner l’idée que Kraus se trompe. Pierre Deshusses
Ce qui est peut-être le plus impressionnant, chez lui, est la lucidité exceptionnelle avec la- quelle il avait déjà décelé les éléments déterminants qui avaient contribué très tôt à rendre le fascisme non seulement possible, mais à peu près inévitable. Au nombre de ceux-ci, l’abais- sement spectaculaire et dramatique du prix accordé à la vie humaine, le caractère proprement industriel de la guerre et la mécanisation et la banalisation de l’horreur qui en résultent, le sentiment d’impunité et d’irresponsabilité que peuvent éprouver des acteurs impliqués dans un processus qui se déroule de façon presque complètement impersonnelle et anonyme, la médiocrité profonde des responsables petits et grands qui étaient tout sauf des héros ou des génies et que les circonstances ont transformé du jour au lendemain en criminels à plus ou moins grande échelle, agissant en toute innocence et inaccessibles à la mauvaise conscience, à la pitié et au remords.
Au-delà des hommes et des problèmes de son temps, Karl Kraus a attaqué inlassablement un mal éternel auquel nous sommes exposés plus que jamais : la phraséologie, le mensonge, la manipulation par le discours, la corruption de la langue, signe de la corruption de la pensée et du sentiment. Contre cette agression permanente, Kraus a forgé des armes terriblement effica- ces, et il a montré comment s’en servir. Son œuvre reste une « école de résistance ». Jacques Bouveresse, Satire et prophétie : les voix de Karl Kraus
Troisième nuit de Walpurgis (1933) n’avait jamais été publié en français avant janvier 2005. Une « omission consternante » selon José Lillo qui décide de convoquer le théâtre pour diffuser et donner à entendre, à travers et par Karl Kraus, la chronique ignominieuse de la barbarie annoncée. A la question : que savait-on vraiment en 1933 ? Troisième Nuit de Walpurgis, daté et signé, en pierre de touche inconsolable, répond: « Tout ».
José Lillo pratique un « théâtre contemporain de l’intempestif», il a mis en scène Büchner (Woy- zeck), Kleist (Penthésilée), Dostoïevski (Les Nuits Blanches). Aguerri à un théâtre sans moyens, il a axé son travail sur le dénuement de la puissance de jeu de l’acteur. C’est la deuxième année consécutive où ses mises en scène bénéficient d’une reprise après création.
production
Attila Entertainment et Théâtre Saint-Gervais Genève
représentations à l’Atelier du 7ème
à 20h30 sauf le jeudi à 19h et le dimanche à 18h
relâche le vendredi 5 et lundi 8 février
jeudi 4 février à l’issue de la représentation rencontre avec José Lillo et l’équipe du spectacle
dans le cadre de la saison transfrontalière ![]()
Ces millions de gens qui ont tout sous les yeux et ne remarquent rien…
Karl Kraus
texte Karl Kraus