Auteur, metteur en scène, comédien
José Lillo pratique un « théâtre contemporain de l’intempestif », il a mis en scène Büchner, Kleist, Dostoïevski. Aguerri à un théâtre sans moyen, il a axé son travail sur le dénuement de la puissance de jeu de l’acteur.
Diplômé de l’école de théâtre Serge Martin, il jette son dévolu, pour ses premières mises en scènes à la halle 52 d’Artamis, sur Woyzeck de Georg Büchner en 1999, suivi de Penthésilée de Heinrich von Kleist en 2001. Par ailleurs, il joue sous la direction de Lorenzo Malaguerra dans les Nuisances d’Orphée de Mattéo Zimmermann et Outrage au public de Peter Handke en 2000, et dans Don Juan ou l’amour de la géométrie en 2002.
En 2004, à l’invitation de la Villa Bernasconi et de ses « lectures en chambre », il met en voix des textes de François Vassali, Réjane Desvignes et Mathias Brambila. Cette même année, il rejoint le collectif Quivala (Pascal Gravat et Prisca Harsch) avec lequel il crée Vaisseaux Brûlés pour l’ADC ; spectacle tourné ensuite au Théâtre de la Bastille à Paris. Avec ce même collectif, il signe une première étape de la dramaturgie d’Oedipe Roi de Sophocle au Théâtre Saint-Gervais en 2005. En juin 2006, il met en scène Julia Batinova et Julien Tsongas dans Les Nuits Blanches de Fedor Mikhailovitch Dostoïevski au Duplex. En 2007, il crée Troisième nuit de Walpurgis au Théâtre Saint-Gervais, reprise en 2010. En 2009, toujours au Théâtre Saint-Gervais, il joue Calvin dans le spectacle de Nicolas Burri et Dominque Ziegler Le maître des minutes. Par ailleurs, il reprend Les Nuits blanches avec Julia Batinova et Lionel Brady au Théâtre de Carouge, et joue Mercutio dans Roméo et Juliette mise en scène par Lorenzo Malaguerra.
Troisième nuit de Walpurgis
« Quand j’étais tombé sur le Woyzeck de Büchner, je m’étais dit c’est incroyable ce qui se passe là. Et puis après sur le Kleist, il me semblait que c’étaient des textes qui étaient fondateurs de la modernité, en tout cas là, il s’était passé quelque chose. Du coup j’avais envie d’un troisième Allemand, j’avais eu l’intention de monter les Derniers jours de l’Humanité, mais avant de l’avoir lu, sur la base du titre et du commentaire qu’il y avait... et quand je l’ai lu j’ai renoncé immédiatement à ce truc-là. Mais c’est comme ça que j’ai découvert Troisième Nuit de Walpurgis et j’ai trouvé qu’il est fait pour être dit à la scène. J’ai un enthousiasme sans fin sur ce texte, et j’ai envie de le communiquer, j’ai envie que ça s’entende, que ça se discute, qu’on sache que ça existe, que ça a eu lieu. Il me semble qu’il y a là un tas d’outils pour résister aujourd’hui à certain nombre de choses, pour poser pied quelque part. Et puis il y a un tel bonheur d’écriture dans le texte qu’il y a du plaisir à tenter de l’habiter. »
L'écorché
José Lillo est le prophète. Qu'il incarne Calvin dans Le maître des minutes ou qu'il répercute le texte de Karl Kraus annonçant la mise en place de la mécanique de l’horreur nazie dans Troisième nuit de Walpurgis, il aime les textes qui vous foudroient sur place, faisant sienne la phrase de l'écrivain autrichien : - Si on se bouche les oreilles on n’entend plus aucun râle. Lui se dépouille à l'extrême, minimaliste jusqu'au poétique, préférant le vide et la pénombre afin que survive le texte. Et non des paroles en l'air.

