du 27 avril au 16 mai
représentations à 20h30 sauf jeudi à 19h30 et dimanche à 18h
(relâche dimanche 2 mai et les lundis)
«Ah bien sur, naturellement cest dla faute aux hommes, ils boivent trop dKumel et puis les trois quarts sont des étourdis : Quand ils ont une femme plaisante ils cherchent a lemmener au palais des glaces pour voir sa binette quand elle aura dlâge. Cest insenscé dvouloir connaître lavenir a cpoint la
»
Sylvain Lecoq
«Art brut»: deux mots qui, se télescopant, font rêver, fascinent, déboussolent et provoquent la curiosité.
«Art brut» comme une formule magique, une terminologie paradoxale délimitant une frontière trouble,au coeur même des pratiques artistiques. Une fracture qui bouleverse le rôle et la place de la culture dans la société occidentale.
Définie par le peintre Jean Dubuffet, vers 1945, cette appellation regroupe «des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels le mimétisme, contrairement à ce qui sepasse chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en oeuvre, moyens de transposition, rythme, façons d'écriture, etc.) de leur propre fonds et non des poncifs de l'art classique ou de l'art à la mode».
Peinture, sculpture et écriture ont été ainsi revisitées par ces étranges artisans pour qui lexpression dite «artistique» est dabord un art de vivre et non un rituel établi. Dans lombre, en rupture ou non, isolés, déclassés, pensionnaires de tous les hospices et autres asiles, psychiatrisés ou simplement décalés, ces exclus ne revendiquent ni statut ni reconnaissance, aucune intégrationofficeielle : dissidents de lintérieur, leurs silences, leurs cris, leurs souffrances et leurs joies sapparentent à une passion iconoclaste, profanateurs involontaires du bon goût.
Une passion qui se devait de rencontrer son (anti-) musée et ses éclaireurs : quand Dubuffet fit don à la ville de Lausanne, en 1971, de sa collection duvres recueillies dans les hôpitaux psychiatriques, les milieux spirites et les marges de la société, il a ouvert une brèche dans laquelle Michel Thévoz, conservateur de La Collection de lArt Brut, puis Lucienne Peiry se sont passionnéments engouffrés. Avec un souci permanent : éviter que cet art de linfraction et du dérèglement, de linspiration naïve et intempestive ne soient récupéré par une consommation de voyeur, exotique et paternaliste.
Loin du tourisme culturel, Geneviève Pasquier, défricheuse de textes écrits sans être destinés à la scène (elle a monté des poèmes de Henri Michaux, des pages douvrages de morale catholique des années 50 ou des écrits de Daniil Harms), a décidé de saventurer dans cet archipel merveilleux. Elle rapporte des impressions frémissantes sous la forme dun spectacle au titre révélateur : A ma personnagité . Car si les textes et les images assemblés à cette occasion ont une dimension en commun, cest bien celle de témoigner des débordements et des dérives de lesprit autant que du corps. Un témoignage au demeurant sans destinataire avoué, puisque ces actes de création sapparentent à des bouteilles patiemment lancées à la mer. Et le théâtre de tanguer invisiblement comme un bateau ivre, dun auteur à lautre. Humains fragiles, très fragiles, oscillant entre parano et mégalo, traficoteurs dalphabets à la diction extravagante, bricoleurs de lexiques, visionnaires introspectifs, empêcheurs de tourner en rond, celles et ceux qui prennent la parole, à travers les comédiens, sont des malades dune espèce bien particulière. De ces malades qui font de leurs stigmates les signes gracieux dune présence au monde, inspirante et gaie.
Accompagné par le musicien Mathias Demoulin, Valérie Liengme et Olivier Yglesias font passer en douce, fantasques contrebandiers dune intimité hors de ses gonds, la poésie rugueuse et drolatique dunivers qui ne demandent quà être visités.