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La historia de Ronald, el payaso de Mc Donalds
una propuesta de Rodrigo García
(un spectacle en espagnol sur-titré en français)
avec Rubén Ametllie, Juan Loriente, Juan Navarro
avec la participation de Nieves, Yago et dune fanfare
du 23 au 31 octobre 2003
représentations à 20h30,
sauf dimanche 26.10 à 18h et jeudi 30.10 à 19h
(relâche lundi)
"On taille les arbres pour qu'ils repoussent avec une force renouvelée, mais la taille des femmes et des hommes ne donne pas les mêmes résultats."
Saint-Gervais entretient une relation intense avec Rodrigo García, auteur et metteur en scène. Depuis 1998, cest la cinquième fois quil fait halte à Genève. Entre-temps, son uvre a embrasé le ciel du théâtre, dAmérique du Sud au Canada en traversant lEurope. Cette saison, pas moins de quatre de ses spectacles sont en tournée. Doté dune lucidité peu banale, dun humour fulgurant et dune colère intacte, Rodrigo García sait faire face à ce succès phénoménal. Irréductible à la mode qui lentoure, il garde la tête froide et lil aux aguets. Heureux de voir son travail provoquer le débat et déchaîner les passions, García se concentre sur le cur de son propos : rendre compte daujourdhui, sans se raconter des histoires. Ses fables scandent jusquà lextrême notre délire ordinaire et nous prennent à témoin, sans ménagement ni complaisance. De scène en scène, avec ou sans texte, García montre comment la publicité a infiltré tous les espaces de notre existence intime et publique, se substituant à la politique et gouvernant sous son masque. Il montre ce que lon croit connaître mais que lon ne veut pas voir : notre implication personnelle dans ce système. Doù létiquette de provocateur quon lui colle en retour. A la vérité, ce sentiment de provocation nest-il pas le signe que García réveille notre capacité à être des spectateurs encore bien vivants, capables démerveillement, de jugement et dindignation ? Le jeu insolent du théâtre contre le sérieux de la mascarade sociale.
Je nai aucun compte à régler avec Ronald lui-même ou avec les marques que jutilise ou dénonce dans mes spectacles. Cest tout ce quils représentent et comment ils nous manipulent qui pose problème. Le fait que Ronald soit un clown mintéresse davantage que lemblème de McDo. On ne sait jamais très bien à qui lon a affaire avec un clown. On ne sait pas sil sagit dun monstre ou dun ami. Il est à la fois beau et terrifiant. On ne sait pas ce qui se cache derrière son masque. Mais Ronald est finalement très peu présent dans la pièce
Lhistoire de Ronald, le clown de Mc Donalds réunit trois acteurs au potentiel impressionnant, prêts à toutes les métamorphoses. Ici, leurs corps sont comme jamais engagés dans le démontage du grand rituel de la consommation à outrance : une vraie torture. Derrière le sourire du clown médiatique, les suppliciés. Ici, lexpression déprimante de réalité quotidienne retrouve sa beauté féroce, sa part dignominie aveuglante et de scandale permanent. Frontalement et poétiquement, Rodrigo García avance sur le terrain du monde, léprouve, le mime, le met en jeu, lexaspère jusquà le faire seffondrer sur celui du théâtre. De cet éclaboussement périlleux surgit un art fragile et inquiet, de réflexion et de combat. En refusant la politique de lautruche, García nous invite à ne pas désespérer des charmes éphémères de la représentation de la vie violente des humains et à prendre acte des chocs quelle engendre. Cest le gage de futurs soulèvements joyeux et émancipateurs. Il nest pas indifférent de noter que García, à linstar de Swift et de Brecht, qualifie son spectacle de proposition. À nous de la recevoir et den faire quelque chose.
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