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jeudi 16 décembre :
A l’issue de la représentation, rencontre avec l’équipe artistique
A visiter en écho au spectacle Goulag le peuple des zeks
exposition au Musée d'ethnographie de Genève, annexe de Conches jusqu'au 2 janvier 2005


Qui ne travaille pas ne mange pas
revue de théâtre au Goulag

du 14 au 19 décembre 2004

représentations à 20h30, sauf jeudi à 19h et dimanche à 18h

conception, mise en scène : Judith Depaule
avec Fred Costa, Pierre Giraud, Narmé Kaveh, Joséphine de Meaux, Frédéric Minière, Judith Morisseau, Victor Ponomarev, Ostap Tchvnovoï, Antaloli Vlassov

«Je suis devenu acteur en camp. Où les prisonniers affamés et exténués trouvaient-ils l'énergie d'organiser des spectacles ? Au bout d'une journée de travail de 10 ou 12 heures, acteurs et spectateurs avalaient leur repas et se précipitaient, qui vers les coulisses, qui dans la salle pour ranger les tables, déplacer les bancs et s'installer aux meilleures places. Ces gens qui tant de fois avaient été trompés voulaient à nouveau vivre. Le théâtre était un remontant.»

Témoin 2

« Au cours de plusieurs voyages en Russie, j’ai pu me rendre sur d’ex-lieux de détention (Magadan, Vorkouta, Pétchora, Inta) et recueillir de nombreux documents sur le théâtre au Goulag, dont près de 40 interviews d’anciens détenus ayant pratiqué ou fréquenté le théâtre dans les camps staliniens.
Comment aborder la représentation d’un monde révolu dans un monde actuel où le devoir de mémoire heurte nos consciences ? Comment se fait-il que l’art résiste aux progrès scientifiques et technologiques ? Comment se fait-il que même dans les situations les plus extrêmes, sous des régimes totalitaires, dans de terribles conditions d’enfermement, l’art puisse exister et à sa façon prospérer ?

Le théâtre au Goulag n’a pas été une expérience isolée ni un acte de résistance. Fort de mener une « entreprise d’orthopédie sociale », pour reprendre l’expression de Michel Foucault, par volonté de contrôle des âmes et des corps, le gouvernement soviétique s’interrogea sur un programme de rééducation en relation étroite avec la productivité des détenus. Le programme avait l’ambition de faire de chaque prisonnier un animal social, de le transformer en bon citoyen. Le programme a favorisé la naissance d’une véritable activité théâtrale qui selon l’alchimie du lieu, de l’époque et des détenus en présence, a pris des formes variées, d’un art pauvre et amateur à d’importantes manifestations dans les règles classiques de l’art.

« Sourire de captivité », le théâtre au Goulag entrouvre un espace de liberté. Il devient le lieu de la vraie vie. La réalité est vécue comme un artifi ce et l’artifi ce devient réalité.

La matière du spectacle se compose de bribes de vie, de documents offi ciels, d’extraits du répertoire joué dans les camps, de situations consignées par la mémoire des témoins, de reprises des musiques de l’époque et de musique originale, de vidéos documentaires et spécifi quement créées pour l’occasion. Tous les documents sont inédits et traduits pour la première fois en français. »

Judith Depaule

Après sa création à Chambéry et son passage à Paris, Qui ne travaille pas ne mange pas fera halte à Genève. Russophile émérite, Judith Depaule a travaillé notamment avec le collectif Sentimental Bourreau, Robert Cantarella, Pascal Rambert et Bernard Sobel.
Qui ne travaille pas ne mange pas épouse des formes multiples : théâtre, chant, musique, danse et vidéo; à la manière d’une revue composée de numéros ou de saynètes, oscillant entre cabaret, opérette et documentaire. Ici, la place du spectateur est centrale : pris à témoin d’une histoire trop longtemps refoulée, chacun d’entre nous est le dépositaire de cette mémoire encore brûlante.

« Les spectateurs sont prévenus : Si vous n’applaudissez pas assez, les acteurs retourneront aux travaux généraux et perdront leur statut privilégié. »