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Happy Birthday Mr H. M.Heiner Müller (1929-1995), dix ans après :
colloque, lectures, performances
pour accompagner Müller Factory, en collaboration avec Jean Jourdheuil
Du 13 au 16 janvier


Müller Factory
Petit traité d’hantologie : Germania 3 et Hamlet-machine

du 11 au 29 janvier 2005
Représentations à 20h30, sauf jeudi à 19h et dimanche à 18h relâche les 16,17 et 24 janvier

de Heiner Müller
mise en scène Michel Deutsch
avec Elidan Arzoni, Amandine Dewasmes, Nathalie Dubey, Dimitri Janin, Anouk Mettaz, Guillaume Prin, Julien Tsongas, Lucie Zelger, Suzann Vogel

"Ce sont des pièces ou des textes dont mon cerveau, par exemple, ou ma tête serait l’unique théâtre. C’est dans le crâne qu’ils seront joués. Comment fait-on cela au théâtre? C’est le noyau fondamental de la provocation théâtrale d’Artaud qui est à peine une théorie, et qui est devenue seulement une méthode. Donc un théâtre de flux cérébraux et de nerfs crâniens. "
Heiner Müller


Müller Factory après Shakespeare Factory. Heiner Müller avait qualifié ainsi son travail sur le Grand Will, en référence aussi à la Factoryd’Andy Warhol. Le fait est qu’il s’agit bien de mettre un texte au travail ; de rendre manifeste en quelque sorte le "monde" qu’il suppose certes (les circonstances historiques, politiques, poétiques, etc ) mais d’abord de donner à entendre et à voir le "monde" du poème.

La RDA a sombré corps et biens en 1989. Le " Premier Etat des ouvriers et des paysans sur le sol allemand ", " la Meilleure Allemagne " n’aura duré que 40 ans. Müller Factory replace l’écriture de Müller dans ce laboratoire que fut la République Démocratique Allemande sous tutelle soviétique, dans l’univers qui l’a fait naître, qui l’a pour ainsi dire provoquée.

Un chœur de jeunes acteurs s’emparent du "monde" de leurs pères, en jouent, le questionnent, le rendent à nouveau sensible. Les utopies communistes et un "monde" disparu qui, on aurait tort de l’oublier, détermine le nôtre. Un jeu avec les fantômes de Staline, et de Hitler, avec Charles Manson et Electre… en chanson.

Hamlet-machine(1977) est un commentaire de l’ Hamlet de Shakespeare. La " pièce " de Müller est une tentative de déconstruction méthodique de la " plus longue pièce du répertoire ". Cinq séquences nous rappellent les cinq actes du drame de Shakespeare ; trois figures (Hamlet, Ophélie, le Narrateur) à la place des nombreux personnages. Le texte (neuf pages !) qui se présente sous la forme d’un " long " fragment est un montage d’emprunts et de citations, de Shakespeare bien sûr, mais aussi de T.S. Eliot, Hölderlin, J-P. Sartre, Ulrike Meinhof etc… ou encore d’extraits d’anciennes pièces de Müller lui-même. Un texte qui fait penser à un tableau de Rauschenberg.

Il est question dans Hamlet-machine du naufrage de la révolution, du corps réduit à l’état de machine, de l’emprise mortifère des valeurs économiques, du rationalisme et de l’idéologie de progrès, mais aussi, à l’inverse, du rôle positif des femmes, de l’anarchie, du chaos et du désordre.

Après la logique des masques, le travail de mémoire : dans Germania 3, les spectres du Morthomme, Müller poursuit son dialogue avec les morts. Le théâtre se fait archéologue, fouille, déterre et met au jour les dangers venant d’un passé mal digéré. Les morts sont aussi englués dans la catastrophe de l’Histoire que les vivants. Le théâtre est toujours la scène d’une hantologie, d’une science des fantômes, d’une évocation et d’une comparution des spectres.

Michel Deutsch