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A l’issue des représentations: deux rencontres en écho au spectacle

Jeudi 17 : Le train du Sud: l’immigration en Suisse

Jeudi 24 : Femme, immigration : passé, présent, futur.

discussion avec l’équipe artistique et différents intervenants.


Le train du Sud

du 15 au 26 mars 2005

Représentations à 20h30, sauf jeudi à 19h et dimanche à 18h. Relâche lundi.

Conception du projet : Heidi Kipfer
Mise en scène : Dominique Bourquin
Avec : Rita Gay, Heidi Kipfer, Anne Shlomit Deonna, Stefania Pinnelli, Anne-Marie Yerly
Musiciens : Sam Müller, Nikita Pfister, Gérald Perera

" Ils viennent chez nous. Pourquoi viennent-ils ?
Pour gagner tout le fric qu’ils peuvent et l’envoyer chez eux.
Rien ne les intéresse. Le fric seul. C’est toujours la même chose.
Ils prennent l’argent, notre argent, nos places, nos maisons; s’ils le pouvaient, si nous les laissions faire, ils prendraient tout en main."

" On a fait appel à des bras et ce sont des êtres humains qui sont venus."
Max Frisch

Le train du Sud évoque l’histoire et la vie de ces femmes qui, dans les grandes années de l’immigration italienne, ont quitté leur pays pour venir travailler dans nos fabriques ou nos restaurants. Si beaucoup de choses ont été dites sur l’immigration masculine, celle des femmes qui ont suivi le même chemin est souvent restée dans l’ombre malgré l’importance du phénomène.

Dans les années d’après-guerre, la plupart des migrants étaient des hommes avec le statut de saisonnier. Ce statut, unique en Europe, était des plus précaires. Au bénéfice d'un permis de séjour de neuf mois, les travailleurs n'avaient pas le droit de changer d'employeur, ni de faire venir leur femme et leurs enfants. Plus de 50% des saisonniers étaient mariés, et certains d'entre eux prirent la décision, malgré l'interdiction, d'emmener leur famille en Suisse.
Les femmes devinrent alors des travailleuses clandestines, engagées principalement comme domestique, ouvrière ou femme de chambre dans l'hôtellerie, triplement discriminées en tant que femmes, immigrées et clandestines : salaires minables, horaires prolongés, retenue illégale des impôts. D'autres restrictions aggravèrent encore le phénomène à partir de 1973. Si elles avaient des enfants mineurs, les femmes de saisonniers ne pouvaient plus obtenir de permis de travail et de séjour en Suisse. Les enfants clandestins ne pouvaient pas aller à l’école ni avoir des contacts avec les enfants de leur âge ; ils devaient rester enfermés, cachés à la maison par crainte d'être repérés et expulsés.

Le spectacle s’est construit à partir de témoignages recueillis par nos soins, de textes littéraires et de poèmes, assemblés avec Dominique Bourquin. Pour faire écho à cette parole, et en hommage à tout ce qui chante en Italie, les mots sont tressés de chansons et de musiques. Les musiques sont autant de personnages qui racontent à leur façon, la terre, les souvenirs, la culture, les rêves de ces femmes dépaysées, sans oublier leurs joies. Se révèlent ainsi les paradoxes de cette migration féminine, écartelée entre l’idéalisation du pays d’origine, le désir du retour et l’aspiration à une émancipation personnelle, une ouverture à d’autres formes de liberté.

Ces récits singuliers, ces destins proches et lointains nous ramènent, par un troublant effet de miroir, à l'histoire qui se trame aujourd'hui, devant notre porte. Les actrices ont changé, elles viennent d'Amérique latine ou d'Asie, mais le même scénario se rejoue. C’est troublant.
Heidi Kipfer

Le statut de saisonnier a été supprimé en 2002. Aujourd’hui, ce sont les requérants d’asile, les sans papiers et autres NEM (non entrée en matière) qui témoignent de la brutalité de l’époque. Il serait temps de reconnaître que la présence des étrangers est simplement inséparable de la construction de la société comme de l’identité suisse. Historiquement la Suisse s’est constituée, s’est nourrie et s’est enrichie au contact de l’Etranger, sous toutes ses figures: c’est sa grandeur et sa particularité en Europe.
Le train du Sud arrive à point nommé pour exprimer notre solidarité et notre sympathie à l’égard de ces femmes ; la Mezza Luna s’y employe avec une énergie folle, une poésie rugueuse et une force de témoignage qui ne sont pas sans évoquer le travail de Giovanna Marini, dont Heidi Kipfer a été l’élève.