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Borges + Goya
textes et mise en scène de Rodrigo García
du 4 au 9 avril
à 20h30, sauf jeudi à 19h et dimanche à 18h
Borges (en espagnol, surtitré en français)
interprétation Juan Loriente
lumières Carlos Marquerie
Goya (en français)
Je préfère que ce soit Goya qui m’empêche de fermer l’oeil plutôt que n’importe quel enfoiré
interprétation Nicolas Bouchaud
lumières Carlos Marquerie
création de la mascotte Taller la nena de la perla et Paca
installation vidéo Rodrigo García
avec Elena Alonso, Miguel Angel Altet, Ruben Escamilla, Jorge Horno, Lola Jimenez, Patricia Lamas, Juan Loriente, Quique Castro
production de la vidéo : La Carniceria Teatro | Casa de America | ADCH/Biennale du Cinéma | Bonlieu, scène nationale/Annecy | Mira ! Théâtre National de Toulouse | Théâtre St Gervais Genève
production : La Carniceria Teatro | Teatro Lluire | Casa de America
Borges et Goya sont publiés, en édition bilingue, aux Solitaires Intempestifs.
On glorifie les extrêmes ce qu’on peut vendre et
acheter : la culturaille inaccessible ou bien ce qui est ressassé jusqu’à épuisement, et résultat : rien ne sert à personne pour vivre.
Même moi, j’ai du mal à comprendre ce que font ces deux personnages ensemble, Borges et Goya. Borges est apparu parce qu’on m’a demandé de parler en bien de cet auteur illustre pour la célébration officielle à Madrid du centenaire de sa naissance. J’ai fait ce que j’ai pu. Exprimer mon admiration pour son style et ma rage devant ses graves négligences civiques : si tu as une voix à un moment où personne ne peut s’exprimer, et alors qu’on tue impunément à tes côtés, la logique veut que tu t’en serves. Borges m’a enseigné que l’amour de l’art est supérieur à l’acte de sauver une vie ; il m’a expliqué l’infamie, que, dans tant d’oeuvres, il avait désapprouvée. Je préfère que ce soit Goya qui m’empêche de fermer l’oeil plutôt que n’importe quel enfoiré est un texte écrit à la demande d’une revue française. Au même moment, je travaillais sur un film, en réalité une installation vidéo. J’ai pensé au tableau Duel au bâton de Goya. Dans le film, nous essayons seulement de nous approcher de l’atmosphère du tableau. Refléter ses densités, l’air lourd et la solitude des deux silhouettes donnant des coups de bâton dans l’air. Le monologue est autre chose. Le portrait d’un perdant admirablement fou. À un tel point que je ne crois pas que cela soit un perdant : il n’a seulement plus d’argent... et il en va de même pour l’Athlético de Madrid.
Rodrigo García
Partenaire complice du Théâtre Saint-Gervais, Rodrigo García se frotte ici à deux « monstres » de notre imaginaire culturel. Alors que les écrits de Borges ont accompagné son émancipation intellectuelle, l’éloignant plus, à chaque page, de la boucherie paternelle, les peintures noires de Goya continuent à alimenter, entre autres références de Swift à Bill Viola, ses réflexions sur le monde d’aujourd’hui. Pour cet auteur et metteur en scène, la scène est un lieu d’affrontements et de revendications pour mieux saisir les angoisses et le ridicule de l’époque.
Borges raconte les premières désillusions d’un adolescent, dans le Buenos Aires des années 70, tout à l’effort de s’extraire du carcan social dont sont prisonniers ses parents. Envolée d’espoir, rêve de grandeur et rage éruptive, le verbe s’affole alors que, stoïque, Juan Loriente dit, sans incarner, ce portrait au vitriol d’une gloire mondiale de la littérature.
Goya, en miroir, est le bilan d’une vie, celle d’un père quinquagénaire qui, l’espace d’une nuit, entraîne ses deux fils dans un road-movie en boucle autour du Musée du Prado, à Madrid. A l’instar de Juan Loriente, Nicolas Bouchaud, boxeur de phrases, martelle avec style cette photo de famille, entre crasse et démesure.
Ensemble, ils donnent à voir, servi sur une pelouse de stade aux dimensions réduites, le talent tout-terrain du fabuliste Rodrigo García.
Pas de mare de ketchup ou de lac de lait dans ce diptyque-là, les mots prennent toute leur force dans la présence charismatique des comédiens. Tour à tour seuls en scène, ils mettent en jeu, avec épure, la langue imagée et vivante, à la poétique si particulière de Rodrigo García.
Borges a été précédemment accueilli au Théâtre Saint-Gervais Genève. En novembre 2002, Rodrigo García a proposé cette même mise en scène, en espagnol (sans surtitrage), lors de deux soirées exceptionnelles, sorte d’avant-goût à J’ai acheté une pelle chez Ikea pour creuser ma tombe.
En septembre 2003, ce texte est à nouveau présenté, joué par Marcial di Fonzo Bo et dans une mise en scène de Matthias Langhoff cette fois-ci, en collaboration avec La Bâtie Festival de Genève.
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