jeu Piera Honegger, Joël Maillard
son Vincent Bonillo
vidéo Daniel Maurer, Julien Richard
lumières Sandra Romanelli
espace Serge Perret
photos Pénélope Henriod
production Compagnie Eponyme, avec le soutien du fond Swisslotto

représentations à 19h, sauf jeudi à 21h
Ce spectacle fait partie du projet Et la Suisse ? qui sera complêté, courant janvier, par un cycle de conférence.


Sempach, 9 juillet 1386 :
Sous un soleil de plomb, un combattant nommé Winkelried, Arnold de Winkelried, de Nidwald, hurle à ses camarades :
« Fidèles, chers Confédérés, je veux bien risquer une action téméraire. Du même coup je perdrai ma vie ! Nous ne pouvons rompre leur front, je vais vous faire une brèche. À tout jamais, veuillez en faire profiter ma race ! Prenez soin de ma femme et de mes enfants ! »
Et vaillamment, il se jette sur la rangée de lances ennemies en en saisissant le plus possible de ses bras, puis s’effondre, abaissant à terre les lances qui le transpercent de toutes parts.

Londres, 7 juillet 2005 :
Quatre bombes explosent dans le métro. J’allume ma télévision, enregistre.

Genève, 6 décembre 2006 :
Moi Winkelried / dépressif chronique / dans 2 secondes j’éteins tout / dans 2 secondes je suis enfin seul / dans 2 secondes je suis un héros

7 juillet 2005. Quatre bombes explosent dans le Métro de Londres. J’allume ma télévision, enregistre.

Je ne puis réprimer des petits commentaires stupides, à chaud, ricanements amusés, puis petit à petit désabusés, d’un homme en vacances qui prend l’apéro en regardant Euronews un matin d’attentats, atterré par le LIVE, cet exercice impossible où le pathétisme journalistique prend le pas sur la barbarie des coupables et la tragédie des victimes.

Comment en arrive-t-on à être plus consterné par la prestation de la commentatrice d’Euronews que par le sort des victimes ? Perdrait-on le sens des réalités ?

Les kamikazes ayant rempli leur fonction, les victimes s’accumulant lentement pour donner à l’événement son indispensable relief comptable, la commentatrice d’Euronews accomplissant son labeur dans la douleur, il me restait, moi téléspectateur-réceptacle, à faire un choix : tout oublier ou m’arrêter et réfléchir à ce que je ressentais. Un peu comme après un spectacle.

Choisissant la seconde solution, j’ai écrit un inventaire de réflexions poussées un peu trop loin, de provocations tordues et de propositions malhonnêtes. Tout cela est devenu Winkelried, du nom du seul « kamikaze » reconnu de l’histoire suisse.

Joël Maillard

Winkelried : kamikaze suisse, Sempach, 1386

Kamikaze n.m. (mot japonais, vents divins)
1. Pilote japonais volontaire pour écraser son avion chargé d’explosif sur un objectif
2. Par extension. Personne téméraire qui se sacrifie pour une cause. (Petit Larousse)