
C’est un poète qui raconte comment raconter, qui nous narre l’art de construire un conte comme un artisan de la pensée façonne l’ouvrage sur son établi de papier. Oui, Ramuz est un grand écrivain suisse profondément méconnu et pourtant un artiste universel.
« Il se trouve, en effet, que les mots appartiennent à tout le monde, les mots et aussi leur usage, c’est-à-dire la manière de les rapprocher, de les associer, de les subordonner les uns aux autres, ce qui fait des phrases, c’est-à-dire des assemblées d’êtres vivants ; or, tout le monde est capable de faire des phrases (bien ou mal), mais, proportionnellement, un très petit nombre de gens de peindre un tableau. »
Se laisser faire par Ramuz dans une traversée buissonnière à travers les volumes reliés ivoire et or, méthodiquement dévorés. Après avoir décidé de laisser les romans de côté, un certain nombre de textes se sont imposés à nous : nouvelles, réflexions sur le monde et sur la création artistique. Dire ce cadeau de la vie qu’il nous fait, comme les mots, les textes ; les spectateurs seront là posés les uns à côté des autres pour que nous puissions nous rallier en un plaisir partagé.
« Je suis peintre, mais j’écris : j’ai tort. Je voudrais être traité en peintre et je n’en ai pas le droit, puisque je n’ai pas de palette. »
Il y a dans les reliquats de la maison de Ramuz, « La Muette », des feuillets manuscrits : des chapitres d’un roman daté de quelques mois avant la mort du poète, en note au-dessous de la dernière ligne « essai pour repartir dans des circonstances particulièrement difficiles. » Le roman devait s’intituler « Posés les uns à côté des autres. »
François Chattot et Martine Schambacher

Dans la bouche de Martine Schambacher comédienne au jeu limpide et translucide -, les textes de Ramuz roulent comme des cailloux de poésie brute ; sur scène, les cailloux roulent comme des miettes de la grande montagne qui s’effondre jusqu’aux pieds des spectateurs, posés les uns à côté des autres.
Charles-Ferdinand Ramuz est né à Lausanne en 1878. Après des débuts peu satisfaisants comme enseignant, il decide de s’essayer à sa passion : l’écriture. Il s’installe alors à Paris de 1903 à 1914, avec de fréquents retours au pays. Dès ses premiers textes, Ramuz développe ses thèmes de prédilection : solitude de l’homme face à la nature et poésie de la terre. Son retour en Suisse en 1914 coïncide avec une phase nouvelle. Son écriture cherche alors à exprimer, dans sa nudité, le drame des collectivités villageoises, les forces qui travaillent ces communautés, guerre, misère, peurs, menaces cosmiques, mais également le plaisir de l’activité créatrice. La critique, en particulier en France, accueillera très mal les audaces stylistiques et la libre disposition de la langue dont fait preuve Ramuz. De grands noms de la littérature, tels Gide, Cocteau ou Aragon, reconnaîtront cependant le talent de l’écrivain dès la fin des aninées 20. Dans le début des années 30, période de maturité dans l’oeuvre de Ramuz, ses personnages incarnent les grands projets mythiques de l’homme, avec un lyrisme poétique au service d’une vision tragique où la mort est toujours au bout de la quête. Ses essais de l’époque reprennent les thèmes de ses romans : la nature, le paysan, l’ordre, la liberté, l’argent, le travail. La dernière période de sa vie, marquée par la tragédie de la seconde guerre mondiale, laisse place à la rétrospection et aux souvenirs. Il meurt à Pully, en 1947.
Martine Schambacher, comédienne, a notamment travaillé avec Jean-Pierre Vincent, Gilberte Tsaï, Jean-Louis Hourdin, Matthias Langhoff, Philippe Mentha, Jean-Paul Wenzel et Irène Bonnaud.
François Chattot, comédien et metteur en scène, dirige depuis cette année le Théâtre Dijon Bourgogne. Il a notamment travaillé avec Jean-Louis Hourdin, Bernard Sobel, Matthias Langhoff, Charles Joris, Joël Jouanneau, Luc Bondy et Irène Bonnaud.




