Au lendemain de l'attentat terroriste londonien du 7 juillet 2005, Joël Maillard, abasourdi, s'observe à ricaner sottement devant sa télévision qui dégurgite pathétiquement les tragiques informations. Et s'interroge: « Comment puis-je en arriver à être plus consterné par la prestation de la journaliste d'Euronews que par le sort des victimes ? Perdrais-je le sens des réalités comme on dit ? » Et continue de s’interroger : « Qui a encore des idéaux à défendre ? Pour quelle cause irais-je jusqu’à perdre ma vie ? Et quelles compromissions suis-je prêt à accepter pour la gagner ? »
Puis il exhume de ses souvenirs d’écolier Winkelried, notre héros national dont le sacrifice fit gagner l’armée suisse à Sempach en 1386, le requalifiant de kamikaze, selon la définition du Larousse, Kamikaze n.m. (mot japonais, vents divins:
1. Pilote japonais volontaire pour écraser son avion chargé d’explosifs sur un objectif.
2. Par extension. Personne téméraire qui se sacrifie pour une cause.
Confrontant l’illustre acte suicidaire avec l’actualité terroriste, Joël Maillard inscrit sa déroute personnelle dans le cours de l’histoire de son pays: « Le suicide comme acte de résistance ultime. Se supprimer pour éviter toute compromission. Le problème avec le suicide, c’est qu’après on ne rigole plus. Bien bien. Restons lâches alors, et sourions un peu. » 

Inventaire de réflexions poussées un peu trop loin, d’interprétations excessives et de propositions sincèrement malhonnêtes, Winkelried procède de fragments et tableaux successifs pouvant s’apparenter à un zapping appuyé, exaspérant l’univers médiatique au travers duquel la réalité se travestit, se négocie et s’appauvrit.
En scène, une femme et un homme, improbable et explosif couple, frère et sœur d’une même colère qui prend sa source dans un sentiment d’impuissance et d’indignation. Winkelried est un autoportrait  à coeur ouvert, une petite machine à aiguiser la pensée et à allumer les humeurs. C’est aussi la cavale intérieure de jeunes gens pour qui la fiction reste encore un moyen – imparfait mais fécond – de jouer en public avec sa propre vie. La guerre est dans la tête, la politique à bout de souffle, l’amour tire la langue, la poésie sur le fil. La ruse a remplacé la sagesse et il n’y a pas de retour possible.

« Il y a eu le 11, Londres, Madrid, Bali, Beslan, il y a Bagdad, Kaboul, Beyrouth, il y aura... Et nous restons là, avides, à l'affût du prochain carnage, le doigt sur la gâchette de nos téléviseurs. » Le texte de Joël Maillard se rend sur le théâtre des opérations par le biais de la provocation, de la flagornerie, mais aussi d'une vraie préoccupation face à l'accélération du calendrier terroriste. Instantané perplexe de notre temps, Winkelried tente le grand écart historique entre cynisme et naïveté, laissant le soin au spectateur d'en faire la synthèse.»   Vincent Bonillo

 Winkelried est un manifeste à l’humour inquiet sur notre place dans la société. Présenté en décembre 2006, pour quatre soirées, il se devait de revenir au Théâtre Saint-Gervais alors que la deuxième pièce de Joël Maillard sera à découvrir prochainement à l’Arsenic à Lausanne. Lucide et ludique, Winkelried fait l’effet d’une bourrasque théâtrale d’une roborative fraîcheur.

 

Joël Maillard a joué sous la direction d’Andréa Novicov, Guillaume Béguin, Gisèle Sallin, Simone Audemars, Oskar Gomez Matà, Julien Barroche.
Vincent Bonillo a été comédien pour Jean-Louis Martinelli, Anna van Brée, Daniel Wolf, Andréa Novicov, Isabelle Bonillo, Sandra Amodio, Brigitte Jacques, Claude Stratz, Anne Bisang, Hervé Loichemol, entre autres.
Carine Barbey (qui remplace Pierra Honegger) a travaillé notamment avec Dan Jemmet, Simone Audemars, Benno Besson, Marc Liebens, Gilles Cohen, Gill Champagne. Elle chante avec Daniel Perrin sur des textes de Baudelaire, Vian et Corina Bille.

 

 

mise en scène Vincent Bonillo


avec Carine Barbey
Joël Maillard


video Daniel Maurer
Julien Richard


lumières Sandra Romanelli


espace Serge Perret


photos Pénélope Henriod


régie générale Jonas Bühler


co-production Compagnie Eponyme
Théâtre Saint-Gervais
Théâtre 2.21 Lausanne


soutiens Ville de Lausanne, Pour-cent culturel Migros Corodis, Société Suisse des Artistes Interprètes
 
 
représentations
mardi, mercredi et dimanche à 19h00
jeudi, vendredi et samedi à 21h00
relâche le lundi 21 janvier 2008
 
plein tarif : Frs 26.-
retraité, chômeur, AI : Frs 14.-
étudiant : Frs 12.-

La chanson de Sempach (Sempacherlied)

Sempach ! Noble champ de gloire,
Ton fruit subsiste et ne meurt pas !
Du héros, de sa victoire,
Nous gardons bonne mémoire ;
De Winkelried le saint trépas,
Nous guide encore dans les combats