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Réservation au 022 908 20 20. Pas de réservation par courrier électronique, s.v.p.

Tarifs : Entrée libre,
excepté le 9 et le 24 janvier, plein tarif 20.- frs, tarif réduit 10.- frs
10 janvier, tarif unique 10.- frs

Production : Théâtre Saint-Gervais Genève, avec le soutien du Département de l’instruction publique et du Département de la culture de la Ville de Genève

Organisation : Jacques Bastianelli, Charles Heimberg, Stefan Kristensen, Philippe Macasdar


Ces mémoires sont deux fois blessées lorsqu’elles sont enfouies et niées.
Et lorsque la souffrance de leurs victimes ne donne lieu à aucune reconnaissance.


Pendant longtemps, l’histoire ne s’est développée dans les sociétés et leurs écoles que dans la seule perspective d’une identité nationale à faire prévaloir. Dès lors, le passé traumatique de nombreux groupes ou communautés a été occulté, parfois écrasé par l’histoire d’en haut, par l’histoire des vainqueurs dénoncée par Walter Benjamin.

Mémoires blessées évoquera plusieurs exemples de ces faits tragiques, leur histoire et leur mémoire, leurs victimes et leurs responsables, les témoins de l’époque et les témoignages d’aujourd’hui.

Le programme de Mémoires blessées n’est pas exhaustif. Ce n’était pas le but du projet. Il incite par contre à réfléchir à la désignation des faits et à la reconnaissance des souffrances de tous et de chacun.

La dernière soirée, organisée en collaboration avec le Département de l’instruction publique pour la Journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’humanité, permettra de se demander comment passer de la concurrence des victimes au partage des mémoires.


Mercredi 7 janvier dès 19h : soirée d’ouverture
- Mon cher frère, exposition de cartes postales sur les Arméniens dans l’Empire Ottoman (du 7 janvier au 28 février)
- Klaus Barbie : un procès pour quoi faire ? (52’) 1983, documentaire d’André Gazut et Jean-Pierre Vittori

Jeudi 8 janvier, 20h :
- Les combattants de la Grande Guerre, conférence de l’historien Rémy Cazals (Université de Toulouse-Le Mirail) sur les témoins de la Grande Guerre et lectures autour des Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918

Vendredi 9 janvier, 20h :
- Mémoires blessées, chant Ilda Simonian, piano Ruzanna Staroverova, une soirée qui plonge dans la tradition séculaire arménienne et témoigne de son héritage pluriculturel

Samedi 10 janvier, 14h :
- Sayat Nova, 1969, film de Sergueï Paradjanov, dans le cadre du cycle «L’image et le sacré» proposé par l’Espace Saint-Gervais
- Conférence de Delphine Kurkdijan (Conservatoire libre du cinéma français)

Relâche dimanche 11 et lundi 12 janvier

Mardi 13 janvier, 20h :
- Water and Wine, lecture-performance de Nancy
Agabian, à partir d’extraits de son roman Me as her again, (2008) sur la filiation, l’identité féminine et le rapport à la tradition

Mercredi 14 janvier, 20h :
- Angola : Peau noire, rêves blancs (49’) 1973, documentaire d’André Gazut et Claude Smadja
- Angola : Indépendance An un (32’) 1976, documentaire d’André Gazut

Jeudi 15 Janvier, 20h :
La Mémoire enfouie, de la résistance armée au franquisme
- L’île de Chelo (57’) _008, documentaire d’Odette Martinez, Laetitia Puertas et Ismael Cobo
- Rencontre avec la réalisatrice Odette Martinez

Vendredi 16 janvier, 20h :
La confrontation des mémoires dans l’Espagne d’aujourd’hui
- Desmemoria (24’) 2003 documentaire d’Odette Martinez et Isabelle Brémond
- Conférence-débat avec la réalisatrice Odette Martinez (Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine, Paris) et l’historienne Mari Carmen Rodriguez (doctorante aux Universités de Fribourg et Oviedo)

Samedi 17 janvier, 20h :
- Droit des minorités et diversité culturelle en Turquie
Rencontre avec Ragip Zarakolu, éditeur et écrivain à Istanbul

Relâche dimanche 18 janvier

Lundi 19 janvier, 20h :
Les Harkis, d’une assignation stigmatisante à une mémoire apaisée
- Les amandiers de l’histoire (65’) 2004, film de Jaco Bidermann & Valentin Lagard
- Rencontre avec Fatima Besnaci-Lancou, auteure de Fille de Harki et présidente de l’Association Harkis et Droits de l’Homme, lecture d’extraits de témoignages

Mardi 20 janvier, 20h :
Hommage à Philippe Schwed, historien et passeur d’histoires trop tôt disparu
- Genève, le 9 novembre 1932, 1973, et La grève générale de 18, 1972, films destinés aux écoles, écrits par Philippe Schwed, réalisés par Jacqueline Veuve
- Témoignages d’anciens élèves et de personnalités

Mercredi 21 janvier, 20h :
- Les apprentis sorciers (61’) 1996, documentaire d’André Gazut et Brigitte Rossigneux sur les victimes des essais nucléaires français

Jeudi 22 janvier, 20h :
- Crimes et réparations. L’Occident face à son passé colonial, conférence-débat avec l’historien Bouda Etemad (Universités de Genève et Lausanne) autour de son livre sur le thème des blessures coloniales

Vendredi 23 janvier, 20h :
- Chili : ordre, travail, obéissance (55’) 1977, documentaire d’André Gazut et Claude Smadja
- La haine de l’Occident, conférence-débat avec Jean Ziegler autour de son livre qui évoque des mémoires blessées

Samedi 24 janvier, 20h :
- Moine, poète et musicien - Le voyage de Komitas, chant Armand Arapian, piano Vicent Leterme, une traversée de la vie de cette figure arménienne, précurseur de l’ethnomusicologie et l’un des premiers déportés lors du génocide arménien de 1915

Relâche dimanche 25 et lundi 26 janvier

Mardi 27 janvier :
Dans le cadre de la Journée de la mémoire, en collaboration avec le Département de l’instruction publique :
- 18h30 : Le quatuor pour la fin des temps d’Olivier Messiaen, Ensemble Contrechamps, Temple de Saint-Gervais
- 20h : De la concurrence des victimes au partage des mémoires, débat avec Catherine Coquio, présidente de l’Association Internationale de Recherche sur les Crimes contre l’Humanité et les Génocides et professeure de littérature comparée (Université de Poitiers), Marianne Petit, directrice du Musée Mémorial Camp de Rivesaltes et Raymond H. Kevorkian, historien (Institut français de géopolitique, Université Paris VIII). Le débat sera introduit par l’historien Charles Heimberg et animé par Stefan Kristensen, philosophe.

L'art pour lutter contre l'oubli
Ghania Adamo, swissinfo

A l'occasion de «La Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes conte l'humanité», le Théâtre Saint-Gervais, à Genève, organise pendant trois semaines une manifestation culturelle d'envergure. Films, concerts, débats, lectures et une exposition sur les Arméniens de Turquie, avant le génocide.

Une nature paisible, souriante. Au milieu, une famille de paysans arméniens. La scène est champêtre, l'atmosphère allègrement recueillie, digne d'un tableau de Millet. Sauf que le tableau est ici une photo, et la scène un morceau d'existence arrachée à la Turquie. La Turquie ottomane au sein de laquelle vivait épanouie une communauté arménienne ignorant encore tout de son destin tragique: le génocide de 1915.

C'était donc un temps heureux, celui d'avant le crime dont témoigne une exposition présentée à Genève sous le titre «Mon cher frère». Soit cinq cents clichés et cartes postales et autant d'instantanés de vies - captés entre 1895 et 1914 - pour exprimer l'amitié et la reconnaissance envers les Arméniens de Turquie. Car ces artisans doués - bijoutiers, tisserands, photographes, éditeurs, pâtissiers... furent aussi des fabricants de l'Histoire.

Hommage
C'est à eux que rend hommage le Turc Osman Köker, commissaire de cette exposition qui redonne droit de cité à des hommes et des femmes dont la mémoire, toujours associée au génocide, a souvent occulté l'autre facette d'une vie. La vie active et prospère d'une communauté arménienne qui a largement contribué à l'évolution sociale, culturelle et économique de la Turquie.
«Mon cher frère» s'inscrit dans le cadre de la très vaste manifestation organisée par le Théâtre Saint-Gervais, à Genève, à l'occasion de la «Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité».

Prévue par le Conseil de l'Europe, cette «Journée» est commémorée chaque année le 27 janvier. Et chaque année, depuis quatre éditions maintenant, le Théâtre Saint-Gervais, organise ce jour-là spectacles et débats. Mais cette fois-ci, le directeur des lieux, Philippe Macasdar, a vu grand. Il a voulu anticiper l'événement en programmant bien avant le 27 courant, exposition, films, concerts, rencontres et lectures autour du «passé traumatique» de certains peuples ou groupes ethniques. Le tout étant placé sous la thématique «Mémoires blessées».

En collaboration avec des enseignants et des historiens ainsi qu'avec le DIP (Département de l'Instruction Publique du canton de Genève) il propose donc, comme il nous l'explique «une interrogation, pendant trois semaines, sur les mémoires meurtries, non traitées, aussi bien dans l'Allemagne nazie ou l'Espagne franquiste, qu'au Vietnam ou en Algérie». Histoire d'articuler, dit-il, «plusieurs espaces de réflexion».

Cela va des films documentaires d'André Gazut (journaliste français, suisse d'adoption) à une conférence sur «La Haine de l'Occident», donnée par notre très national Jean Ziegler, en passant par une lecture-performance de l'Arménienne Nancy Agabian.

Hiérarchisation du souvenir
La journée du 27 qui clôt cette manifestation sera marquée par un débat important : «De la concurrence des victimes au partage des mémoires». Pour faire plus simple, on dira que le sujet abordé ici traite de la hiérarchisation des traumatismes. Est-on en droit d'accorder davantage de place ou d'importance à tel génocide ou tel crime contre l'humanité?

Nous avons posé la question à Charles Heimberg, professeur à l'Université de Genève et l'un des organisateurs de cette manifestation. «Il n'y a pas de prééminence dans les génocides et les douleurs qu'ils génèrent», répond-il. «Quelles que soient les victimes, leur souffrance doit être respectée et traitée de manière égale. Ce qui diffère en revanche, c'est le potentiel de témoignages. Si je prends la Shoah, par exemple, on peut dire qu'en la matière il y a péril, car toute une génération de témoins de l'Holocauste est en train de disparaître aujourd'hui. Se pose donc le problème de l'avenir de cette mémoire».

«Pour les Arméniens, poursuit Charles Heimberg, c'est déjà fait: les derniers témoins du génocide ne sont plus de ce monde. Et même si leurs enfants ou petits-enfants voulaient s'exprimer à ce sujet, leurs paroles n'auront jamais l'écho produit par celles de leurs aïeux. Il faut donc savoir gérer une mémoire, travailler à sa reconstruction ».

En attendant, demeure la foi dans l'art, comme cette exposition «Mon cher frère», reflet il est vrai fragile de l'identité arménienne, mais garde-fou solide contre l'oubli.

swissinfo, Ghania Adamo